Les faux stéréotypes du viol
- 12 févr.
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Dernière mise à jour : il y a 1 jour
Ce que la société croit, ce que la réalité démontre

Les faux stéréotypes autour du viol
Ce que la société croit, et ce que la réalité démontre
Les violences sexuelles sont entourées de mythes tenaces.
Ces mythes ne sont pas des erreurs innocentes : ils protègent les agresseurs et isolent les victimes.
Je veux les nommer clairement, parce que tant qu’ils existent, les victimes doutent d’elles-mêmes avant même d’oser parler.
« Le violeur est un inconnu, dans une rue sombre »
C’est faux.
Dans plus de 75 % des cas, la victime connaît son agresseur :
un conjoint ou ex-conjoint,
un parent,
un membre de la famille,
un ami,
un collègue,
un supérieur hiérarchique,
un professeur,
un voisin.
Le viol a lieu majoritairement dans des lieux familiers, souvent dans un cadre supposé sécurisant : maison, chambre, voiture, lieu de travail, lieu d’étude, cercle familial.
Le mythe de l’agresseur inconnu permet à la société de se rassurer :
« Si je fais attention, ça ne m’arrivera pas. »
Mais la réalité est que le danger vient de l’intérieur, pas de l’extérieur.
« Si c’était un viol, elle se serait défendue »
C’est faux.
Lors d’un viol, la sidération est la réaction la plus fréquente.
Le corps se fige, la parole disparaît, le cerveau se met en mode survie.
Ne pas se débattre n’est pas consentir.
C’est survivre.
Ce mécanisme est aujourd’hui parfaitement documenté par la recherche en psychotraumatologie, et pourtant encore méconnu dans les commissariats et les tribunaux.
« Elle n’a pas dit non clairement »
C’est faux.
Le consentement n’est pas l’absence de refus.
C’est une présence active, libre, éclairée, réversible.
Et il y a une chose que l’on ne dit pas assez : l’ascendance empêche le consentement.
Une personne plus âgée, plus riche, plus puissante, plus expérimentée, plus installée socialement, hiérarchiquement ou symboliquement, exerce de fait une emprise, même sans violence visible.
C’est le cas quand l’agresseur est :
un parent ou un membre de la famille,
un enseignant, un coach, un thérapeute,
un employeur, un supérieur hiérarchique,
un leader religieux ou spirituel,
une personne qui loge, nourrit, protège, finance,
un conjoint dont on dépend matériellement ou administrativement.
Dans ces situations, le « oui » est souvent une stratégie de survie, pas un choix.
Le silence, l’immobilité, la peur, la dissociation, l’alcool, le sommeil, la sidération, la soumission apparente ne sont jamais un consentement.
Le consentement ne peut exister que là où il est possible de dire non sans risque.
« Elle se venge, donc elle parle de viol »
C’est faux.
Ce stéréotype est l’un des plus destructeurs.
Il transforme un crime en malentendu et une victime en menteuse.
Or les études montrent que les fausses accusations de viol représentent moins de 2 % des plaintes, un taux similaire à tous les autres crimes.
En revanche, les viols non dénoncés sont la norme.
« Dans un couple, ce n’est pas vraiment un viol... »
C’est faux.
Le viol conjugal est reconnu comme un crime en France depuis 1990.
Le mariage, la vie commune, l’amour, la parentalité ne donnent aucun droit d’accès au corps de l’autre.
Le viol conjugal est aujourd’hui l’une des formes de viol les plus fréquentes.
« S’il n’y a pas de violence physique, ce n’est pas un viol »
C’est faux.
La contrainte peut être :
psychologique,
morale,
économique,
affective,
hiérarchique,
administrative,
liée à la peur ou à la dépendance.
Le viol n’est pas une question de force physique.
C’est une question de pouvoir.
« Elle fait ça pour s’enrichir »
C’est faux. Et c’est une idée profondément injuste.
Dénoncer un viol ne rapporte rien.
Cela coûte, énormément.
En France, une plainte pour viol coûte en moyenne 11 000 euros, uniquement en frais d’avocat.
À cela s’ajoutent :
les frais médicaux et psychologiques,
les expertises,
les déplacements,
les jours de travail perdus,
les déménagements,
les mesures de protection,
la perte de revenus liée à l’épuisement ou à la maladie,
parfois la perte d’un emploi, d’un logement, d’un cercle social.
Et pour quel résultat ?
Il n’y a quasiment jamais d’indemnisation, ou alors des montants symboliques, qui ne couvrent même pas une fraction des pertes subies.
L’IVAC est difficile d’accès, lente, restrictive, et ne concerne qu’une minorité de situations.
En revanche, les pertes sont systématiques :
perte de réputation,
perte de relations,
isolement,
suspicion,
mise à nu publique,
violence des audiences,
confrontation à l’agresseur,
exposition médiatique parfois irréversible.
Si les victimes parlaient pour l’argent, les statistiques seraient inversées.
Or, moins de 10 % portent plainte, et moins de 1 % obtiennent une condamnation.
La réalité est simple :
on ne dénonce pas pour gagner,
on dénonce parce qu’on n’en peut plus de se taire.
Ce que ces stéréotypes produisent
Ils font douter les victimes.
Ils retardent la parole.
Ils empêchent les plaintes.
Ils facilitent la récidive.
Et surtout, ils déplacent la responsabilité :
du criminel vers la victime.
Les déconstruire, c’est déjà protéger.


