« Je ne pensais pas être un homme violent »
- il y a 6 jours
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Beaucoup d'hommes violents ne se reconnaissent pas dans cette description, jusqu'à ce qu'ils découvrent que la violence n'est pas qu'un coup, mais aussi un climat. Voici ce que racontent ceux qui ont fini par le comprendre.

Ce que racontent ceux qui ont fini par reconnaître leurs violences
Lorsque l’on demande à un homme violent s’il est violent, en général, la réponse est non. Pas toujours par mauvaise foi. Parfois parce qu’il se représente la violence différemment.
Pour lui, un homme violent, c’est quelqu’un
Qui casse des côtes sans raisons.
Qui envoie sa compagne à l’hôpital alors qu’elle n’a rien fait, rien dit, rien répondu.
Qui frappe régulièrement.
Qui laisse des traces.
Et puisqu’il ne se reconnaît pas dans cette image-là, il conclut qu’il n’est pas concerné. C’est probablement l’un des enseignements les plus frappants des témoignages recueillis dans les centres de prise en charge pour auteurs de violences. Beaucoup d’hommes arrivent convaincus qu’ils n’ont « pas vraiment » été violents...
« Je ne l’ai jamais frappée »
Cette phrase revient souvent. Pourtant, lorsqu’on approfondit la discussion sur le quotidien du couple, émergent soudain :
les insultes ;
les humiliations ;
les menaces ;
les crises de jalousie ;
les interrogatoires ;
la surveillance du téléphone ;
les interdictions ;
les colères ;
les portes claquées ;
les objets lancés ;
la peur installée dans le foyer.
Beaucoup découvrent alors quelque chose de difficile à entendre : la violence n’est pas seulement un geste. C’est un climat.
Une manière d’exercer du pouvoir sur quelqu’un, de restreindre sa liberté en lui faisant peur.
« Je pensais avoir raison »
Un autre élément revient fréquemment dans les témoignages.
La certitude.
La conviction d’être dans son bon droit.
Elle ne répond pas au téléphone ?
Elle manque de respect.
Elle veut sortir seule ?
Elle cherche peut-être quelqu’un d’autre.
Elle veut partir ?
Elle détruit la famille.
Elle me critique ?
Elle m’humilie.
Lorsque la colère prend le dessus, les interprétations deviennent souvent plus importantes que les faits eux-mêmes. Le cerveau ne cherche plus à comprendre mais à se défendre. Et lorsqu’un homme se sent attaqué en permanence, il finit souvent par justifier des comportements qu’il aurait jugés inacceptables chez quelqu’un d’autre.
« Je voulais juste qu’elle comprenne »
Cette phrase est probablement l’une des plus révélatrices car derrière elle se cache une idée dangereuse : celle que l’autre doit changer pour calmer notre souffrance.
Que c’est à lui (elle) de rassurer.
Expliquer.
Se justifier.
Obéir.
Rester.
Rassurer encore.
Puis rassurer davantage.
Or aucune relation humaine ne peut fonctionner ainsi. Les témoignages montrent souvent que plus un homme tente de contrôler sa partenaire, plus il devient anxieux. Plus il surveille, plus il doute. Plus il doute, plus il contrôle. Or le contrôle ne soulage pas. Il nourrit la peur.
« Je ne voyais pas les enfants »
C’est souvent le moment le plus bouleversant. Beaucoup d’hommes affirment n’avoir jamais été violents envers leurs enfants. Puis ils découvrent que leurs enfants vivaient pourtant dans la peur.
Peur des cris.
Peur des disputes.
Peur des explosions.
Peur des portes qui claquent.
Peur des silences.
Peur des colères.
Les spécialistes le rappellent aujourd’hui clairement : un enfant exposé aux violences conjugales est lui-même victime.
Même lorsqu’il n’est jamais frappé.
Même lorsqu’il est dans sa chambre.
Même lorsqu’il semble ne rien voir.
Les enfants comprennent beaucoup plus que ce que les adultes imaginent.
« J’ai compris que je reproduisais »
C’est un autre thème récurrent. En avançant dans leur travail thérapeutique, de nombreux hommes commencent à faire des liens.
Une enfance dans la peur.
Des humiliations.
Des violences observées entre les parents.
Une absence de modèle émotionnel.
Un père autoritaire.
Un abandon.
Une honte ancienne.
Ils découvrent alors quelque chose d’essentiel : comprendre n’est pas excuser. Mais comprendre permet d’agir car il est très difficile de changer ce que l’on ne voit pas.
« Je croyais que la colère était le problème »
La plupart arrivent persuadés qu’ils doivent apprendre à ne plus être en colère.
Puis ils découvrent que la colère n’est généralement que la partie visible du problème.
Derrière elle se trouvent souvent :
la peur ;
la honte ;
l’abandon ;
la jalousie ;
l’insécurité ;
le sentiment de ne pas être aimé ;
la peur de ne pas être à la hauteur.
La colère ressemble parfois à un masque. Et tant que l’on traite uniquement le masque, la souffrance continue de chercher une sortie.
« Demander de l’aide a été plus difficile que frapper »
Cette phrase pourrait résumer à elle seule le parcours de nombreux hommes. Parce que demander de l’aide oblige
À reconnaître sa responsabilité.
À abandonner les excuses.
À renoncer au rôle de victime.
À accepter que le problème ne soit pas uniquement l’autre. Mais aussi soi.
Or cette étape constitue souvent le véritable début du changement. La prise de conscience ne survient pas lors de la condamnation, la séparation ou la garde à vue.
Personne ne devient moins violent par hasard
L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à croire
Que le temps suffit.
Que la colère passera.
Que l’amour arrangera les choses.
Que la prochaine relation sera différente.
Les témoignages racontent systématiquement l’inverse.
Sans travail sur soi, les mêmes mécanismes réapparaissent avec une autre compagne, dans une autre famille ou un autre contexte.
Changer demande davantage qu’une promesse ou l’abandon d’addictions mais de faire ce long travail d’identification de ses déclencheurs. C'est un travail long mais passionnant. Identifier ses blessures, comprendre ses peurs, demander de l’aide pour réparer et surtout se réparer.
Le premier signe du changement
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le premier signe du changement n’est pas l’absence de colère.
Ce n’est pas l’absence de conflit.
Ce n’est même pas l’absence d’envie de contrôler.
Le premier signe du changement est beaucoup plus simple.
C’est le moment où un homme cesse de demander :
« Pourquoi fait-elle cela ? »
Pour se demander :
« Pourquoi est-ce que je réagis ainsi ? »
C’est souvent là que commence la responsabilité. Et c’est généralement là que commence aussi la possibilité d’une vie sans violence car libéré de ses chaines...
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