Les 4 grandes blessures qui fabriquent la violence
- il y a 6 jours
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Aucun enfant ne naît violent. Quatre blessures d'enfance reviennent pourtant très souvent dans le parcours des auteurs de violences conjugales : les violences sexuelles subies, la peur, l'humiliation et l'absence de protection.

Aucun enfant ne naît violent. Alors comment le devient-on ?
Pendant longtemps, j’ai cru que les auteurs de violences appartenaient à une catégorie à part. Il y avait eux. Et le reste du monde. Puis j’ai passé des années à enquêter sur les féminicides, les violences conjugales, les violences sexuelles, l’inceste. J’ai rencontré des centaines de victimes, mais aussi des magistrats, des policiers, des psychiatres, des travailleurs sociaux, des médecins, des chercheurs, et parfois même des auteurs de violences.
Une réalité s’est imposée à moi : les hommes violents ne sont pas nés violents. Ils le sont devenus.
Attention : comprendre n’est pas excuser.
Je ne crois ni à la fatalité ni à l’irresponsabilité. Chacun reste comptable de ses actes. Une enfance difficile n’autorise jamais à terroriser sa compagne, frapper son enfant ou violer quelqu’un. Mais si nous voulons réellement faire reculer les violences, il faut accepter de regarder leur origine et leurs déclencheurs. Encore et toujours se positionner du côté de la solution, pas du jugement.
Les chiffres sont têtus.
96%de la population carcérale en France sont des hommes. | 99%des auteurs de viols en France sont des hommes. | 97%des auteurs d'agressions sexuelles en France sont des hommes. |
84%des auteurs de coups et blessures volontaires en France sont des hommes. | 90%des auteurs d'homicides dans le monde sont des hommes. |
Pourtant, lorsque l’on remonte le fil de leurs histoires, on retrouve souvent les mêmes blessures.
Quatre en particulier.
Quatre blessures qui reviennent si souvent qu’elles finissent par dessiner une géographie de la violence.
1. L’enfant qui a subi des violences sexuelles
Lorsque l’on parle d’inceste ou de violences sexuelles faites aux enfants, nous pensons naturellement aux victimes. Et nous avons raison. Mais nous parlons beaucoup moins de ce que ces violences produisent parfois des années plus tard lorsqu’elles ne sont ni reconnues, ni réparées.
La CIVISE estime qu’environ
160 000 enfants sont victimes chaque année de violences sexuelles en France.
Parmi eux, une immense majorité connaît son agresseur.
Pour certains enfants, ces violences détruisent le sentiment fondamental de sécurité. Elles brouillent les frontières entre affection, domination, consentement et pouvoir. L’enfant comprend que celui qui prétend aimer peut également humilier, contraindre ou détruire.
Il apprend que la force peut l’emporter sur la parole, que le corps de l’autre est disponible, que la souffrance est normale.
2/3 des victimes ne deviendront jamais violentes. Heureusement.
Mais lorsqu’un traumatisme aussi profond demeure enfoui pendant des décennies, il peut se transformer en colère, en addictions, en comportements à risque, en incapacité à créer des liens sains ou parfois en violence dirigée vers autrui, les personnes qui sont là et prennent pour celles et ceux qu’on ne peut pas ou plus affronter.
La blessure n’est pas le passage à l’acte.
Elle en est parfois le terreau.
2. L’enfant qui a grandi dans la peur
Lorsque je rencontre des victimes de violences conjugales, une phrase revient souvent :
— « Chez lui, c’était déjà comme ça. »
Comme si la violence avait toujours été là, qu’elle faisait partie du décor.
Selon l’Organisation mondiale de la santé,
+1 milliard d’enfants dans le monde sont exposés chaque année à des violences physiques, psychologiques ou sexuelles.
Or un enfant qui grandit dans une maison où l’on hurle, où l’on humilie, où l’on frappe ou menace apprend que la violence est une manière acceptable de résoudre les conflits.
Les neurosciences montrent que l’exposition répétée à la peur modifie durablement le fonctionnement du cerveau. Le système nerveux reste constamment en alerte. Plus tard, certains adultes continuent à réagir comme des enfants menacés.
Ils interprètent une contradiction comme une attaque.
Une séparation comme un abandon.
Un refus comme une humiliation.
Ils ne savent plus discuter.
Ils savent seulement dominer ou se défendre.
3. L’enfant que l’on a humilié
Parmi toutes les blessures que j’ai observées, celle-ci est peut-être la plus sous-estimée.
Parce qu’elle ne laisse aucun bleu, aucune trace. Pourtant, elle détruit de l’intérieur.
Être ridiculisé chaque jour.
Être comparé à son frère.
Entendre qu’on ne vaut rien.
Qu’on est trop gros.
Trop lent.
Trop faible.
Trop bête.
Trop sensible.
Trop femmelette.
Une tafiole.
Une tapette... et toute cette manière de construire le masculin comme NE PAS DEVENIR UNE FEMME.
À force d’humiliations, certains enfants finissent par construire leur identité autour de la conviction qu’ils ne valent rien. Une faille narcissique béante. Or une estime de soi détruite produit souvent deux réactions opposées.
Certaines personnes s’effondrent.
D’autres décident inconsciemment qu’elles ne seront plus jamais humiliées.
Elles deviennent obsédées par le contrôle.
Par le pouvoir.
Par la domination.
Derrière de nombreux comportements violents se cache parfois un paradoxe : une personne qui paraît toute-puissante mais qui, au fond, se sent profondément insignifiante.
Comme si chaque désaccord menaçait de rouvrir une blessure ancienne.
4. L’enfant que personne n’a protégé
C’est sans doute la blessure qui me bouleverse le plus. Parce qu’elle ne suppose pas forcément un bourreau.
Parfois, il suffit de l’absence.
Un père qui disparaît.
Une mère incapable de protéger.
Des adultes qui savent mais ne font rien.
Un enfant qui appelle à l’aide sans être entendu.
Tous les spécialistes de l’attachement le savent : la sécurité affective constitue l’un des besoins fondamentaux du développement humain.
Lorsqu’elle manque, l’enfant grandit avec une peur profonde de l’abandon. Et parfois avec une conviction inconsciente : si je ne contrôle pas les autres, ils finiront par partir. Cette peur se retrouve dans de nombreuses situations de contrôle coercitif.
Les appels incessants.
La surveillance.
La jalousie maladive.
L’isolement.
La possession.
Non parce qu’il s’agit d’amour. Mais précisément parce que ce n’en est pas.
La blessure n’est jamais une excuse
Je tiens à être très claire. Aucune de ces blessures n’autorise la violence. Aucune.
Si on n’est pas responsable d’être malade, on l’est de ne pas se soigner.
Des millions d’enfants ont vécu des traumatismes terribles et deviennent des adultes profondément respectueux, empathiques et pacifiques. Mais lorsque l’on observe les parcours des auteurs de violences, ces quatre failles apparaissent avec une fréquence saisissante. C’est pourquoi la prévention des violences commence bien avant le premier coup.
Elle commence
Lorsqu’on protège un enfant victime d’inceste.
Lorsqu’on repère les violences familiales.
Lorsqu’on refuse l’humiliation éducative.
Lorsqu’on soutient les parents en difficulté.
Lorsqu’on offre à un garçon le droit d’avoir peur, de pleurer, de demander de l’aide.
Car aucun enfant ne naît violent. Mais chaque société fabrique ou empêche les violences qu’elle tolère. Et si nous voulons réellement réduire les féminicides, les violences conjugales, les agressions sexuelles et les violences intrafamiliales, alors nous devons cesser de regarder uniquement le moment où l’adulte frappe.
Nous devons regarder l’enfant qu’il a été.
Non pour l’excuser.
Pour empêcher qu’un autre enfant suive le même chemin.
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