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La colère : ce qu'elle abîme en nous

  • il y a 5 jours
  • 4 min de lecture
La colère est une émotion humaine normale, le risque apparaît quand elle n'est plus écoutée mais agie. Cet article explique ce que la colère cherche à exprimer et comment apprendre à la reconnaître avant qu'elle ne devienne violence.

La colère est une émotion


Derrière chaque colère se cache souvent une blessure


On parle beaucoup de la colère. On la condamne, la redoute, la caricature. Pourtant, la colère n’est ni une maladie, ni un défaut de caractère, ni une preuve que l’on est une mauvaise personne.


La colère est une émotion fondamentale. Comme la peur, la tristesse, la joie.

Le problème n’est donc pas d’être en colère mais de ne pas comprendre ce que cette colère essaie de dire. Car contrairement à ce que l’on imagine, la colère est rarement l’émotion d’origine mais une émotion de protection. Un bouclier de réaction qui recouvre quelque chose de plus vulnérable

 



Ce qui se cache derrière la colère


Lorsqu’un homme dit :

« Je suis furieux. »


Il est en réalité : terrifié, humilié, abandonné, jaloux, déçu, honteux, blessé.


Les cliniciens observent depuis longtemps que la colère fonctionne fréquemment comme une émotion secondaire masquant une souffrance plus délicate comme la crainte de perdre quelqu’un, la honte de ne pas être à la hauteur, le sentiment de ne pas être entendu, de ne pas compter ou d’être rejeté. Et c’est précisément ce qui rend la colère si dangereuse. Parce qu’elle donne une impression de puissance alors qu’elle traduit l’expérience de l’impuissance.

 



Le cerveau ne fait plus la différence entre danger réel et danger émotionnel


Les neurosciences ont montré que le cerveau réagit à certaines blessures émotionnelles comme à une menace physique. Parmi ces blessures, on retrouve : le rejet, l’humiliation, la trahison, l’injustice, la critique blessante, la séparation voire terreur de l’abandon. Toutes ces expériences peuvent activer le système d’alarme du cerveau.


Le corps entre alors en état d’alerte impliquant l’augmentation du rythme cardiaque puis accélération de la respiration, contraction musculaire, densification du flux sanguin. Bref le corps se prépare au combat, comme un instinct reptilien datant d’un temps où il n’y avait pas d’autre option pour rester en vie.


À cet instant, l’objectif biologique n’est plus de comprendre mais de gagner pour survivre.

Même lorsqu’il n’y a aucun danger réel.

 



5 minutes qui peuvent empoisonner un temps indéterminé


Nous avons tendance à considérer la colère comme un événement psychologique.


En réalité, c’est aussi un événement biologique.


Selon les travaux relayés par Psychologies, quelques minutes de colère suffisent à provoquer une importante libération de cortisol et d’hormones du stress dans l’organisme. Cette réaction était extrêmement utile lorsque nos ancêtres devaient fuir un prédateur. Mais elle devient problématique lorsque le danger est simplement une dispute, un désaccord ou une frustration.


Pourquoi ? Parce que le système immunitaire est mobilisé pour gérer cette décharge hormonale.

Certaines études montrent même qu’après un épisode de colère, le fonctionnement normal des vaisseaux sanguins peut rester altéré pendant plusieurs dizaines de minutes, augmentant à long terme les risques cardiovasculaires.


Autrement dit :

la colère n’habite pas seulement l’esprit. Elle traverse tout le corps.

 


Ce que la colère abîme dans le cerveau


Lorsque la colère devient fréquente ou chronique, elle finit par modifier notre manière de penser. Les capacités de concentration diminuent, l’impulsivité augmente, la réflexion se rigidifie, l’interprétation des comportements d’autrui devient plus hostile.


Peu à peu, la personne en colère voit davantage de menaces partout.

Elle se sent plus facilement attaquée, méprisée, déshonorée voire souillée.

Elle réagit alors de plus en plus vite.

Et réfléchit de moins en moins longtemps.


La colère devient un filtre déformant à travers lequel le cerveau analyse le monde et réagit aux interactions.

 


Ce que la colère abîme dans les relations


C’est probablement là que les dégâts sont les plus visibles. Une colère répétée finit par modifier profondément les relations.


Le conjoint marche sur des œufs.

Les enfants deviennent hypervigilants.

Les amis s’éloignent.

Les collègues évitent les conflits.

La confiance disparaît. Tout comme l’’intimité.


Même lorsqu’elle ne commet pas de violence physique, une personne fréquemment en colère finit souvent par habiter un environnement appauvri relationnellement.

Parce que les autres cessent progressivement de se sentir en sécurité auprès d’elle.


Et c’est là tout le paradoxe :

la colère naît souvent de la peur d’être abandonné, or elle produit exactement ce qu’elle pensait combattre.

 


Ce que la colère fait aux enfants


Les enfants ne comprennent pas toujours les mots, mais déjà dans le ventre, ils comprennent parfaitement les climats émotionnels. Ils comprennent les portes qui claquent, les silences menaçants, les regards qui changent.


Les cris.

Les explosions.

Les objets lancés.


Ils souffrent immédiatement de l’imprévisibilité.


Or un enfant qui grandit dans un environnement dominé par la colère apprend une chose fondamentale : le monde n’est pas sûr et il n’est pas assez important pour être protégé.

Son cerveau s’adapte alors à cette insécurité et cette carence d’attachement.


Hypervigilance.

Anxiété.

Difficultés de régulation émotionnelle.

Problèmes relationnels.


À long terme, les conséquences peuvent persister bien après la disparition des épisodes de colère eux-mêmes.

 


La colère n’est pas l’ennemi


La plupart des hommes qui essaient de changer commettent la même erreur :

Ils essaient de supprimer leur colère ou ce qu’ils pensent y conduire comme l’alcool, les comportements routiers à risque, les drogues etc.


Or la colère ne disparaît jamais lorsqu’on l’écrase. Elle s’accumule puis explose.

L’objectif n’est donc pas de ne plus ressentir de colère mais de l’écouter avant qu’elle ne devienne destructrice.

 

Se demander :

Pourquoi suis-je en colère ?

Pourquoi je fais ça ?

Qu’est-ce qui me fait peur ?

Qu’est-ce qui me blesse ?

Qu’est-ce qui me manque ?

Qu’est-ce que je tente de protéger ?


Car une colère comprise devient une information quand une colère ignorée devient une arme.

 


La vraie force


Pendant longtemps, notre culture a valorisé les hommes capables d’imposer leur colère. Nous découvrons aujourd’hui que la véritable force se situe ailleurs.


Elle consiste :


À reconnaître sa peur avant qu’elle ne se transforme en menace.

À reconnaître sa honte avant qu’elle ne se transforme en humiliation.

À reconnaître son sentiment d’abandon avant qu’il ne se transforme en contrôle.

À reconnaître sa colère avant qu’elle ne devienne violence.


La colère n’est pas votre ennemie. Elle est un signal.

Et comme tous les signaux, elle a été conçue pour être entendue, pas pour prendre le volant.



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