Déposer plainte sur le lieu de travail : repenser l’accès à la justice des victimes de violences conjugales
- 9 févr.
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours
En mai 2025, Me Karen Noblinski, avocate pénaliste et référente juridique de l’association 125 et après, a publié une tribune dans La Tribune Dimanche intitulée « Expérimenter le dépôt de plainte sur le lieu de travail ».
L’accès à la plainte : une étape clé dans la sortie des violences
Cette prise de parole s’inscrit dans une réflexion plus large portée par 125 et après : faciliter l’accès à la justice pour les victimes de violences conjugales en développant des solutions concrètes, adaptées aux réalités sociales et territoriales.

Déposer plainte constitue souvent une étape déterminante dans le processus de protection des victimes. Elle permet notamment :
d’activer des dispositifs judiciaires de protection ;
de déclencher des enquêtes et mesures d’éloignement ;
de sécuriser juridiquement la situation des victimes ;
de faciliter l’accès à certains dispositifs sociaux et administratifs.
Pourtant, cette démarche reste difficile pour de nombreuses victimes. Elle nécessite du temps, de la disponibilité et des conditions de sécurité qui ne sont pas toujours réunies.
Dans sa tribune, Me Karen Noblinski rappelle que les violences conjugales dépassent largement la sphère privée et ont un impact direct sur la vie professionnelle des victimes. Le lieu de travail constitue souvent l’un des rares espaces où elles sont temporairement éloignées de leur agresseur.
Déposer plainte en entreprise : une piste d’innovation sociale et juridique
La tribune propose d’expérimenter un dispositif permettant aux forces de l’ordre de recueillir des plaintes directement sur le lieu de travail.
L’objectif est multiple :
offrir un cadre sécurisé et confidentiel ;
réduire les contraintes liées aux déplacements ;
permettre aux victimes de réaliser leurs démarches plus facilement ;
multiplier les points d’accès à la justice.
Cette proposition repose sur un constat : malgré les améliorations apportées à l’accueil des victimes dans les commissariats, de nombreux obstacles subsistent et peuvent retarder ou empêcher le dépôt de plainte.
Un enjeu territorial majeur
La tribune met également en lumière une problématique encore trop peu visible : l’inégalité d’accès à la justice selon les territoires.
Dans les zones rurales, les petites villes ou certains territoires d’outre-mer, les victimes peuvent rencontrer des difficultés supplémentaires :
éloignement géographique des forces de l’ordre ;
absence ou rareté des transports ;
isolement social ;
crainte d’un manque d’anonymat dans des territoires à forte proximité sociale ;
contraintes professionnelles et familiales rendant les démarches plus complexes.
Ces réalités territoriales renforcent la nécessité d’imaginer des solutions innovantes pour rapprocher la justice des victimes.
Le rôle de Me Karen Noblinski au sein de 125 et après
En tant que référente juridique de l’association, Me Karen Noblinski accompagne les victimes dans leurs démarches judiciaires et participe activement à la construction de solutions adaptées à leurs besoins.
Son travail permet :
d’identifier les obstacles juridiques rencontrés par les victimes ;
d’adapter les dispositifs d’accompagnement ;
de développer des propositions d’innovation sociale et juridique ;
de contribuer au plaidoyer national sur la protection des victimes.
Le Mouvement Safe Place : un levier pour expérimenter des solutions concrètes
La tribune s’inscrit également dans la dynamique du Mouvement Safe Place, fondé par Sarah Barukh, qui vise à mobiliser les entreprises et organisations pour renforcer la protection des victimes de violences conjugales.
Grâce à ce réseau, une expérimentation locale visant à faciliter le dépôt de plainte dans des environnements professionnels sécurisés est actuellement en préparation.
Ces initiatives reposent sur plusieurs principes :
créer des relais de proximité accessibles aux victimes ;
former des professionnels à l’accueil et à l’orientation des victimes ;
faciliter les démarches judiciaires dans des lieux du quotidien ;
adapter les dispositifs aux réalités territoriales.
La force d’un réseau national agile et engagé
Le Mouvement Safe Place rassemble des acteurs présents sur l’ensemble du territoire français. Il réunit des structures de toute nature et de toute taille : institutions publiques, PME, grands groupes, bailleurs sociaux, entreprises privées et acteurs économiques territoriaux.
Cette diversité permet :
de multiplier les points d’accueil pour les victimes ;
d’adapter les solutions aux réalités locales ;
d’agir aussi bien en zones urbaines qu’en territoires ruraux ou ultramarins ;
de mobiliser des compétences complémentaires au service de la protection des victimes.
1 tribune, 3 objectifs essentiels
Mettre en lumière les inégalités territoriales d’accès à la justice
La tribune souligne les difficultés spécifiques rencontrées par les victimes vivant en zones rurales ou isolées.
Encourager l’innovation dans les dispositifs de protection
Elle ouvre la voie à des expérimentations locales facilitant le dépôt de plainte dans des environnements sécurisés.
Mobiliser les acteurs économiques et institutionnels
Elle démontre que la protection des victimes peut être renforcée grâce à la mobilisation collective d’organisations de toutes tailles et de tous secteurs.
Repenser l’accès à la justice pour protéger les victimes
À travers cette tribune, 125 et après réaffirme sa volonté de transformer les constats sociétaux en solutions concrètes.
En mobilisant l’expertise juridique, les réseaux économiques et les acteurs de terrain, l’association contribue à faire évoluer les dispositifs de protection afin de mieux répondre aux réalités vécues par les victimes sur l’ensemble du territoire.


