Les 6 formes de violences conjugales
- 11 févr.
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours
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1. Les violences psychologiques (le cœur du contrôle coercitif)
Le contrôle coercitif, c’est quand la peur (de la dispute, des possibles répercussions sur ta vie ou celle de tes proches) organise ton quotidien.
C’est presque toujours par-là que tout commence. Et c’est ce qui enferme le plus durablement.
La violence psychologique vise à te faire douter de toi, à t’épuiser, à t’isoler, à t’adapter jusqu’à disparaître. Que cela soit intentionnel de la part de la personne maltraitante, ou plus fort qu’elle.Cette forme de violences polymorphe s’installe souvent lentement, sous couvert d’amour, d’inquiétude ou de protection.
Sa forme la plus classique vise un impact social. Par exemple :
Tu fais attention à ce que tu dis, à ce que tu fais, à comment tu t’habilles, pour éviter une dispute
Tu anticipes ses réactions, tu modifies ton comportement « pour que ça se passe bien »
Il te reproche d’être trop sensible, folle, parano, instable
Il réécrit les faits, nie ce qu’il a dit ou fait, t’accuse d’exagérer
Il t’humilie « pour rire », devant les autres ou en privé
Il te fait porter la responsabilité de ses colères
Il te fait croire que personne d’autre ne pourrait t’aimer
Il critique tes proches jusqu’à ce que tu t’en éloignes
Tu n’oses plus parler de ce que tu vis, parce que tu ne sais plus si tu as raison
C’est ici que naît la peur intérieure : celle qui fait que tu te censures, même quand il n’est pas là.
La peur est également générée par l’excès de surveillance (notamment numérique et d’emploi du temps). La cyberviolence, ce n’est pas “juste” fouiller un téléphone. C’est : surveiller, écouter, suivre, parfois 24/7.
Cela peut prendre la forme de :
surveillance du téléphone, des messages, des réseaux sociaux
demandes de localisation en permanence
interrogatoires au retour d’une sortie
contrôle des fréquentations, des horaires, des déplacements
menaces voilées : « fais attention », « tu sais ce qui arrivera si… »
utilisation des enfants comme relais d’informations
accès non autorisé à tes comptes (mail, réseaux, banque, applis de transport/livraison…) ;
traçage GPS, géolocalisation à ton insu ;
logiciels espions, appareils dissimulés (airtags, micros, caméras) ;
usurpation d’identité : publier à ta place pour te décrédibiliser ;
effacer des messages, documents, preuves.
Indices typiques : messages marqués “lus”, appareils inconnus connectés, batterie qui se vide anormalement, partenaire qui “sait” des choses impossibles à savoir autrement.
Les violences identitaires et spirituelles
Ce sont des violences psychologiques ciblées, qui attaquent ce qui te tient debout à l’intérieur : tes valeurs, tes croyances, tes repères, ton “sens”.
Violence identitaire :
ridiculiser tes aspirations, ta carrière, tes projets ;
te décourager systématiquement, saboter tes rêves ;
t’imposer un mode de vie ;
te pousser vers l’autodestruction ;
te faire sentir “rien sans lui/elle”.
Violence spirituelle (forme particulière de violence identitaire) :
dénigrer tes croyances, te forcer ou t’empêcher de pratiquer ;
contrôler tes signes religieux, tes fêtes, tes rituels ;
utiliser la religion pour te manipuler, te faire taire, te maintenir soumise ;
imposer une identité religieuse aux enfants.
Ce mécanisme va parfois jusqu’à une prise d’otage identitaire : l’agresseur finit par imposer SON identité comme boussole, et la tienne s’efface.
Tu ne fais plus ce que tu veux.Tu fais ce qui évite les conséquences.
2. Les violences physiques conjugales (quand le corps devient le terrain de la domination)
Les violences physiques ne commencent presque jamais par des coups.
Elles commencent par l’intimidation du corps, par la peur, par la mise en condition. Et quand les coups arrivent, le système est déjà installé. Je veux que tu lises ceci attentivement : une seule violence physique suffit. Il n’y a pas de seuil à atteindre pour que ce soit grave.
Les violences physiques conjugales peuvent prendre des formes très différentes :
a) Les atteintes directes au corps
gifles, coups, claques, coups de poing, coups de pied
étranglement, étouffement, pression sur la gorge
morsures, griffures, brûlures
pousser, faire tomber, traîner, tirer par les cheveux ou le bras
immobiliser, maintenir de force, empêcher de partir
jeter des objets sur toi ou dans ta direction
te coincer dans une pièce, bloquer une porte, t’empêcher de sortir
Beaucoup de femmes me disent :
« Il ne me frappe pas, il me pousse seulement. »
Mais pousser, c’est déjà mettre ton corps sous contrôle.
b) Les violences physiques d’intimidation qui sont des violences indirectes (frapper à côté pour faire peur)
C’est l’une des formes les plus fréquentes, et l’une des plus dangereuses.
frapper les murs, les portes, les meubles juste à côté de toi
casser des objets devant toi
jeter ton téléphone, ton ordinateur, des objets personnels, notamment ceux à forte valeur sentimentale
détruire la maison lors de crises de rage
frapper le lit, le canapé, la table pendant que tu es dessus
bloquer le passage avec son corps, s’approcher très près, te coincer contre un mur
Dans ces moments-là, tu sais que le message est clair : ça pourrait être toi.
c) Les violences physiques de mise en danger
conduite dangereuse volontaire
accélérations, freinages brusques, menaces en voiture
refus de te laisser sortir d’un véhicule
t’exposer à des situations dangereuses (nuit, isolement, froid, routes…)
te priver de soins médicaux ou d’aide en cas de blessure
t’empêcher de dormir, t’épuiser physiquement
Le corps est utilisé comme outil de contrôle, pas seulement comme cible.
d) Les violences physiques invisibilisées (celles qu’on n’ose pas nommer)
te réveiller brutalement pour t’insulter
te secouer “pour te faire réagir”
te jeter de l’eau, des objets, de la nourriture
te forcer à rester debout, assise, immobile
te suivre de pièce en pièce pour t’intimider
Elles ne laissent pas toujours de bleus, mais elles laissent une peur durable dans le corps.
Je le redis ici, parce que c’est vital :
dans 60 % des féminicides, les femmes meurent au premier épisode de violences physiques, alors qu’elles subissaient déjà du contrôle coercitif depuis longtemps.
Cela signifie que les violences physiques arrivent tard, mais qu’elles signalent une dangerosité immédiate.
3. Violences sexuelles
La logique est simple : si ce n’est pas libre, ce n’est pas du consentement.
Dans le couple, beaucoup de victimes hésitent à nommer les violences sexuelles.
Non pas parce qu’elles ne savent pas ce qu’elles vivent, mais parce qu’un héritage ancien continue d’agir, parfois de manière invisible : le devoir conjugal.
Pendant des siècles, dans le droit, dans la morale sociale et dans les religions (où c’est souvent encore le cas), le corps des femmes a été pensé comme une dette : dette envers le mari, envers la famille, envers Dieu, envers la lignée. Le mariage n’était pas un espace de consentement, mais un contrat d’accès au corps.
En France, le viol conjugal n’a été reconnu comme crime qu’en 1990. Avant cela, l’idée même qu’un époux puisse violer son épouse semblait juridiquement et culturellement impensable.
Cet héritage continue de peser.
Il est présent dans les expressions : « faire un effort », « ne pas frustrer son conjoint », « c’est normal dans un couple » ou encore les diatribes sur les « besoins de l’homme ».
Ce devoir est présent dans certaines lectures religieuses où la sexualité féminine est associée à l’obéissance, à la disponibilité, au sacrifice, à la procréation.
Il est présent dans l’éducation, où l’on apprend encore trop souvent aux filles à céder pour préserver la relation, et aux garçons à insister jusqu’à obtenir.
Or la loi est aujourd’hui sans ambiguïté : le mariage, l’amour, la religion ou la vie commune ne créent jamais un consentement automatique.
Le consentement doit être libre, enthousiaste, réversible, et spécifique à chaque acte, chaque pratique dans chaque rapport.
S’il n’est pas libre, ce n’est pas du consentement. Or la dépendance dans le couple (notamment économique ou sociale) atteint fortement la liberté.
Les violences sexuelles dans le couple prennent de nombreuses formes
Elles ne ressemblent pas toujours à ce que l’on imagine. Elles peuvent être insidieuses, répétées, banalisées, normalisées :
pressions, chantage, culpabilisation (« si tu m’aimais… ») ;
invocation du devoir conjugal, chantage à la conception d’enfants, culpabilisation de “frustrer”, menaces d’adultère ;
insistance ou contrainte à assister à des rapports sexuels avec d’autres ;
actes imposés, douleur banalisée, rapports initiés pendant le sommeil ;
humiliations sur le corps, le désir, la manière d’embrasser ou de se comporter sexuellement ;
obligation de suivre des cours de sexualité, de regarder du porno ou de reproduire des pratiques non désirées ;
refus du préservatif, contraception sabotée ou au contraire imposée, grossesses forcées ou au contraire conditions pour procréer;
images intimes filmées ou diffusées sans consentement, menaces, sextorsion.
Ces violences ne sont pas des « problèmes de couple ».
Ce sont des violences sexuelles, reconnues par la loi.
Quand l’intimité est détruite, l’emprise s’installe
Et je veux le dire sans détour : ces violences ravagent l’intimité.
Elles brisent la frontière entre soi et l’autre, entre désir et obligation, entre sécurité et peur.
Très souvent, elles deviennent le cœur du système d’emprise, le point à partir duquel toutes les autres violences s’organisent : contrôle du corps, du temps, de l’argent, des relations, de la parole, des pensées.
Quand le corps n’est plus un espace sûr, tout le reste devient contrôlable.
Ce que nous devons transmettre clairement
Aimer n’oblige jamais.
Être en couple ne retire aucun droit.
La religion, la culture, la tradition ne justifient jamais une violence.
Nommer, c’est déjà résister.
Et protéger, c’est déjà réparer.
Enfin : un rapport sexuel est une relation.
Une relation à deux, pas une prestation, un dû, ou un service rendu.
Le désir n’est pas une ressource individuelle que l’un devrait fournir et l’autre consommer.
Il se construit à deux, s’entretient à deux, se transforme à deux.
Et, de la même manière, il s’érode à deux, dans le stress, la fatigue, la peur, le manque d’écoute, de considération, les violences, les humiliations, le silence.
Quand le désir disparaît, ce n’est pas un échec personnel, encore moins une faute.
C’est un signal relationnel. Et la réponse ne peut jamais être la contrainte, la pression, la menace ou la culpabilisation.
Car forcer n’a jamais créé de désir — seulement de la peur.
Rétablir cette vérité me semble donc essentiel : le désir n’obéit pas, il se partage.
Il ne se prend pas, il se rencontre. Et lorsqu’il n’est plus là, c’est à la relation de se questionner, jamais au corps de céder.
4) Violences économiques et administratives
En fait c’est souvent là que tout commence, de manière insidieuse, quand le couple et/ou le foyer de coute proportionnellement plus cher à toi qu’à la personne maltraitante.
Exemples concrets :
C’est toi qui paies les sorties, les voyages, l’essence, les courses ou ce qui coute cher dans les courses (lessive, produits ménagers, viandes ou poissons)
A toi que les enfants demandent l’argent de poche, le chèque de la cantine, les nouveaux vêtements, le règlement des loisirs etc…
Tu en souffres mais tu ne peux pas aborder le sujet car tu sais que ça va déboucher sur de grosses tensions ou des disputes. L’argent nécessaire devient tabou et te précarise.
C’est pour ces violences que même sans les autres formes, les séparations impactent les revenus des femmes à 19% contre 2,5% chez les hommes.
L’argent et les papiers sont des chaînes redoutables, parce qu’ils enferment dans la durée.
Exemples concrets :
contrôler les dépenses, surveiller les comptes ;
voler de l’argent, créer des dettes à ton nom ;
usurper ton identité (crédits, cartes…) ;
te priver d’informations financières, cacher factures/avis ;
t’empêcher de travailler/étudier, saboter ta vie pro ;
menacer de “couper les vivres”, utiliser l’argent pour te forcer à rester.
Violences administratives (dans la même logique) :
confisquer papiers, empêcher des démarches ;
contrôler ton accès aux soins, à des droits, à un logement ;
te mettre volontairement en difficulté (“tu ne peux rien faire sans moi”).(La logique est la même : limiter ton pouvoir d’agir.)
5. Les violences indirectes (frapper ailleurs pour t’atteindre)
La violence indirecte, c’est quand l’agresseur comprend qu’il peut te faire plier sans te toucher directement : en ciblant ce que tu aimes, ce qui te protège, ou ce qui peut te faire perdre. Ces violences sont souvent minimisées, alors qu’elles sont hautement prédictives d’un passage à l’acte grave.
a) Les violences matérielles
L’agresseur n’a même plus besoin de te toucher pour te faire peur. Il frappe à côté, mais le message est clair : « ça pourrait être toi ». Et ton corps le comprend immédiatement.
Casser des objets, détruire des meubles, fracasser des portes, jeter des choses contre les murs, retourner la maison, briser des objets qui ont une valeur affective : tout cela est une violence à part entière.
Ce n’est jamais un débordement de colère.
C’est une démonstration de pouvoir.
Quand quelqu’un détruit ton environnement, il détruit ton sentiment de sécurité.
Et tu le sais, au fond de toi : s’il peut faire ça à la maison, il pourra un jour faire ça à ton corps, à ton enfant, à ton animal.
Beaucoup de femmes me disent :
« Il n’a jamais levé la main sur moi, mais j’ai vu de quoi il était capable. »
Et elles ont raison de le sentir.
b) Les violences via les enfants, les proches, les animaux
les enfants : instrumentalisation, menaces, atteintes, utilisation des droits de garde pour maintenir l’emprise ; Ils sont utilisés comme messagers, comme armes, comme moyens de pression.
les proches : sabotage des liens, jalousie, conflits provoqués, effacement de messages, discrédit ; Ils sont manipulés, retournés, mis à distance.
les intervenants / institutions : mensonges, manipulation, plaintes croisées, stratégie pour faire passer la situation pour un “conflit” ;
les animaux : menaces, cruauté, chantage affectif (“si tu pars…”) ; Ils sont menacés, parfois blessés ou tués, parce qu’ils sont un levier affectif puissant.
c) Les violences par atteinte à la réputation et à la réalité
Mensonges, diffamation, discrédit, victimisation inversée, plaintes croisées, instrumentalisation des institutions : l’objectif est de t’isoler socialement et de te faire perdre toute crédibilité.
Quand personne ne te croit, tu n’as plus de refuge.
Ces violences indirectes créent une terreur diffuse, permanente, qui pousse les victimes à se taire, à se conformer, à rester.
Elles font partie du contrôle coercitif, et doivent être reconnues comme telles.
6) Les violences post-séparation (quand la violence change de forme, mais ne s’arrête pas)
Je le dis sans détour : la séparation est l’un des moments les plus dangereux pour les femmes et pour les enfants.
Quand l’agresseur perd le contrôle sur la partenaire, il cherche souvent à le reprendre ailleurs. Et très souvent, ce sont les enfants qui deviennent le nouveau champ de bataille.
a) Violences post-séparation dirigées contre la mère
Après la séparation, la violence peut continuer sous des formes multiples :
harcèlement incessant (messages, appels, présence physique, filature)
surveillance et menaces voilées
chantage affectif, financier ou parental
procédures judiciaires abusives, plaintes croisées, multiplication des recours
non-respect des décisions de justice, retards, pressions, intimidation
violences économiques prolongées (pensions impayées, dettes, blocages administratifs)
Ces violences visent à épuiser, à faire craquer, à forcer le retour ou la soumission.
b) Violences post-séparation dirigées contre les enfants (violences vicariantes, physiques, psychologiques et sexuelles)
Quand il ne peut plus atteindre la mère directement, l’agresseur atteint ce qu’elle a de plus précieux : les enfants.
Cela peut prendre la forme de :
violences psychologiques : dénigrement de la mère, culpabilisation, chantage, manipulation, discours de haine, menaces
violences physiques : brutalités, punitions, négligences, mises en danger
violences sexuelles : agressions, incestes, atteintes sexuelles pendant les droits de visite
instrumentalisation des enfants : espionnage, mensonges, témoignages forcés
pression sur la parole de l’enfant, peur de parler, confusion, loyauté impossible
Les chiffres sont clairs : 41 % des incestes ont lieu dans un contexte de violences conjugales (CIVIISE).
Cela signifie que la violence conjugale met directement les enfants en danger, y compris après la séparation, et parfois surtout après.
Les violences sexuelles peuvent survenir :
pendant les droits de visite
dans un contexte d’isolement de l’enfant
quand l’agresseur sait que la mère n’est plus là pour protéger
quand la parole de l’enfant est déjà fragilisée
C’est pour cela que les violences post-séparation doivent être considérées comme des violences majeures, et jamais comme un simple “conflit parental”.
Ce que cela provoque chez les enfants
Sans suivi, les enfants ne sont pas automatiquement résilients à la violence. Ils s’adaptent, au prix de leur sécurité intérieure. On observe :
troubles du sommeil, de l’alimentation
anxiété, hypervigilance, mutisme ou agressivité
troubles de l’attachement
difficultés scolaires
somatisations
comportements à risque à l’adolescence
répétition des schémas à l’âge adulte
Les enfants exposés à la violence ne sont pas des témoins. Ils sont des co-victimes à part entière.
c) Le piège institutionnel
Dans les violences post-séparation, l’agresseur utilise souvent les institutions comme relais :
justice, école, services sociaux, santé
discours de “conflit parental” qui efface la violence
renvoi dos à dos des parents
soupçon porté sur la mère plutôt que sur la violence
C’est ainsi que la violence peut continuer sous couvert de légalité, et parfois même être renforcée.
Je veux que ce soit clair : dans l'immense majorité des cas, protéger les enfants, c’est protéger les femmes, et inversement.
On ne peut pas traiter la violence conjugale sans traiter la violence faite aux enfants.


