Les chiffres clés des violences intimes en France et dans le monde
- 11 févr.
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Et ce qu'il faut en comprendre...

Les chiffres sont têtus – et ils racontent une histoire globale
Les chiffres sont têtus et sans appel : lorsque l’on examine les statistiques de la criminalité et des violences, les femmes et les filles sont massivement victimes des hommes, sur tous les continents, quelles que soient les cultures, les religions, les classes sociales ou les âges.
Ce constat est stable dans le temps et l’espace. Il ne s’agit pas d’exceptions locales, mais d’un fait social mondial, documenté année après année par les Nations unies, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC).
Mais sans une compréhension globale des forces en présence qui conduisent à cette réalité, nous sommes collectivement condamnés à la répétition des mêmes schémas macabres. La seule question qui vaille, me semble-t-il, est celle de la responsabilité, face à ce que l’ONU nomme une « pandémie de l’ombre ».
Or, les hommes sont-ils les seuls responsables des violences envers les femmes ? Cette violence tient-elle d’une essence masculine ? Est-elle le produit d’une nature biologique, d’une construction sociale, ou d’une articulation complexe entre les deux ? Et quelle est la part de responsabilité des femmes elles-mêmes, dans un système qui les contraint, les expose, les réduit au silence ?
Les violences sont-elles genrées?
En France, les données sont particulièrement éloquentes. Les hommes représentent 96 % de la population carcérale, sont auteurs de 99 % des viols, de 97 % des agressions sexuelles, de 84 % des coups et blessures volontaires, dont les violences conjugales, ainsi que 95 % des vols et cambriolages (Ministère de l’Intérieur). Même sur les routes, où la violence semble moins intentionnelle, ils représentent 78 % des personnes tuées et 84 % des responsables d’accidents mortels, illustrant une surreprésentation masculine dans les comportements à risque.
À l’échelle mondiale, le constat est identique : selon l’UNODC, près de 90 % des auteurs d’homicides sont des hommes, et 81 % des victimes d’homicide sont également des hommes, ce qui montre que la violence est d’abord un phénomène masculin — y compris entre hommes — mais que les femmes en subissent une forme spécifique, systémique et genrée, principalement dans la sphère intime.
Dans le monde, plus d’une femme sur trois subira au cours de sa vie des violences physiques ou sexuelles (OMS, 2021). Parmi les victimes de la traite des êtres humains, 70 % sont des femmes ou des filles, majoritairement exploitées à des fins sexuelles (ONU Femmes).
Chaque jour, une femme meurt toutes les 11 minutes sous les coups de son conjoint ou d’un membre de sa famille — soit plus de 45 000 féminicides par an dans le monde (ONU, 2022).
Les violences structurelles commencent tôt et s’inscrivent dans les corps : 12 millions de filles sont encore mariées de force chaque année, souvent avant 18 ans, et environ 230 millions de femmes vivent avec des mutilations génitales féminines. Ces pratiques ne relèvent pas de traditions isolées, mais d’un contrôle systémique de la sexualité et de la reproduction des femmes.
Quid de l'accès au droit?
L’accès aux droits fondamentaux reste profondément inégal : 45 % des femmes dans les pays à faible revenu n’ont pas accès à des services de santé sexuelle et reproductive de qualité, et le monde compte encore 25 millions d’avortements non sécurisés par an, responsables de milliers de décès évitables.
Dans les zones de conflit, les violences sexuelles explosent : les viols deviennent des armes de guerre, des outils de terreur et de domination, avec des niveaux de violence extrême, souvent accompagnés de torture, d’esclavage et de grossesses forcées. Dans certaines zones de guerre, une femme sur deux est exposée à des violences sexuelles.
Enfin, la violence symbolique accompagne la violence physique. Les femmes ne représentent que 24 % des personnes citées comme références dans les médias et 20 % des expert·es invité·es dans les débats publics. Elles sont encore largement cantonnées à des rôles de témoignage, de narration ou d’émotion, et rarement reconnues comme sources de savoir et d’autorité.
Et cetera.
Et cetera.
Et cetera.
Ces chiffres, constants depuis plusieurs décennies, ne traduisent pas une nature immuable, mais bien une combinaison de facteurs : modèles de masculinité dominants, socialisation différenciée, inégalités économiques, tolérance culturelle à la violence, impunités judiciaires, et organisation historique du pouvoir.
Autrement dit, si ces violences sont construites, elles peuvent être déconstruites — mais seulement si la société accepte d’en regarder les causes systémiques, et pas seulement les symptômes.
