La philosophie des Veilleuses : entraide, confidentialité et parcours de réparation pour sortir de l’emprise et des violences intimes.
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Comprendre ce qui se joue au coeur des violences
Les Veilleuses sont la communauté d’entraide et de soutien de l’association 125 et après. Elle rassemble des personnes qui aspirent à une existence libérée des violences intimes, qu’elles soient conjugales, intrafamiliales ou sexuelles. Elle accueille des personnes ayant vécu ces violences et souhaitent soutenir d’autres victimes comme un acte de transmission et de gratitude, celles qui en portent encore les fragilités et cherchent un appui pour se reconstruire, ainsi que celles qui vivent actuellement ces situations et ont besoin d’aide pour s’en extraire.
La philosophie des Veilleuses repose sur une compréhension profonde des mécanismes des relations violentes. Elle reconnaît que ces relations ne reposent pas uniquement sur un rapport de force visible, mais souvent sur une dépendance émotionnelle et psychique. Cette dépendance se construit progressivement, nourrie par l’attachement, la culpabilité et la peur de l’abandon. La personne victime peut projeter sur l’autre une image réparatrice, percevoir d’abord sa blessure plutôt que la violence qu’elle subit, ou encore chercher dans le regard de l’autre une validation que son estime personnelle ne lui permet pas encore de se donner.
Cette dépendance peut être renforcée par de multiples facteurs : la peur de la solitude, les attentes sociales et culturelles qui valorisent la stabilité du couple et de la famille, ou encore des contraintes économiques et administratives qui rendent la séparation plus difficile. À cela s’ajoute l’épuisement généré par le contrôle coercitif et par les chocs traumatiques, qui altèrent la capacité de discernement et réduisent les ressources psychiques nécessaires pour partir.
Sortir de la dépendance
Dans cette perspective, les Veilleuses considèrent la sortie de la violence comme un processus comparable à un sevrage. Il s’agit de se détacher progressivement de ce qui détruit, en reconstruisant un rapport à soi et aux autres fondé sur la sécurité et la dignité. Cette approche s’inspire notamment des groupes d’entraide comme les mouvements d’addictologie, qui reposent sur la solidarité horizontale, la parole libre et l’expérience partagée. Elle repose sur l’idée que la reconstruction ne peut être imposée de l’extérieur : elle se construit dans la reconnaissance mutuelle et dans le respect du rythme de chacun.
La communauté des Veilleuses fonctionne ainsi comme une chaîne d’entraide horizontale. Chaque membre veille sur un autre, dans un lien de réciprocité et de bienveillance.
Cette organisation symbolise la sortie de l’isolement, l’un des piliers de l’emprise.
Elle affirme que la guérison passe par la relation, mais une relation réinventée, libre de domination et fondée sur la solidarité.
Rompre la chaîne, transmettre la gratitude
L’engagement des Veilleuses s’inscrit également dans une vision sociétale des violences intimes. Celles-ci sont perçues comme le produit de transmissions familiales, de blessures générationnelles et de normes sociales qui entretiennent les rapports de domination. Reconnaître ces mécanismes ne signifie pas excuser la violence, mais comprendre ses racines pour mieux la prévenir et rompre les cycles qui la perpétuent.
Les Veilleuses affirment qu’elles ne sont ni un lieu de jugement ni un substitut aux professionnels du soin, du droit ou de la sécurité. Elles se positionnent comme un espace complémentaire, où chacun peut trouver ce qui rend possible la sortie de la violence : un soutien, un projet et un modèle de transformation. Ces trois éléments constituent les piliers du processus de reconstruction, permettant d’imaginer une existence différente et d’y croire concrètement.
Le programme proposé s’inspire du principe des 12 étapes, transformées en 12 actions de déploiement personnel. Il s’agit d’un chemin accessible et adaptable, qui vise à redonner confiance et courage à celles et ceux qui entreprennent de réinventer leur vie. Cette démarche encourage la reconnexion à soi, aux autres et au vivant, en permettant de dégager un espace intérieur propice à l’élaboration d’un projet de vie libre et épanouissant.
Un plus grand que soi
La philosophie des Veilleuses accorde également une place essentielle à la dimension spirituelle entendue comme une philosophie de vie et non comme une croyance religieuse. Elle invite à redonner du sens à l’existence, à combler le vide laissé par la violence et par l’absurdité parfois ressentie face à la souffrance.
Cette spiritualité laïque repose sur l’espoir, la résilience et la capacité à se pardonner ses rechutes, dans un cheminement progressif vers la liberté et la lumière.
Les Veilleuses défendent ainsi une vision profondément humaniste : elles affirment que la violence subie ne définit jamais une personne, que la reconstruction est possible et qu’elle se construit un jour après l’autre. Elles rappellent que choisir la vie, la liberté et l’amour — celui qui ne fait pas souffrir — constitue un acte de courage, mais aussi un acte collectif, rendu possible par la solidarité et par la conviction que chacun mérite d’exister pleinement.



