Une rose ne se mutile pas
- il y a 5 jours
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Par l'association 125 et après
Une rose ne se mutile pas. Une enfant ou une jeune fille encore moins. Les mutilations sexuelles féminines, dont l'excision, continuent de menacer des millions de filles à travers le monde.

Le 1er avril dernier, nous nous sommes réuni·es place de la République à Paris pour dénoncer les mutilations sexuelles faites aux filles à travers le monde, qui ont des conséquences irréversibles sur leur santé, leur sexualité, leur future maternité, et provoquent souvent des souffrances physiques et psychologiques durables.
Chaque année, des petites filles meurent suite à ces violences.
Ce jour-là, nous avons brandi des roses rouges. Ce geste n'avait rien d'anodin. Symbole universel de féminité, la rose représente ce que chaque fille devrait pouvoir conserver intact : son corps, sa liberté, le droit fondamental de disposer d'elle-même.
Fragile et vulnérable, la rose possède pourtant ses propres moyens de défense : ses épines lui permettent de se protéger, tandis que ses pétales serrés préservent son cœur. Comme tant de filles à travers le monde, elle conjugue délicatesse et courage.
Puis nous avons commencé à arracher, effeuiller, parfois presque dénuder ces roses, pour rendre visibles celles que l'on ne voit jamais. Leur rouge écarlate évoquait le sang versé chaque année. Car pour des milliers de petites filles, l'été marque le début de la « période des moissons ».
Abîmer ces roses, les déchirer, les mutiler, c'est un geste violent.
C'est dégrader délibérément ce qui, par nature, devrait être laissé intact.

Les mutilations sexuelles féminines : plusieurs formes, une même violence
1er avril, toutes les roses n'ont pas subi la même violence. Certaines ont été entièrement dépouillées jusqu'à ne laisser qu'une tige nue. D'autres n'ont perdu que quelques pétales. Parce qu'il existe plusieurs formes de mutilations sexuelles féminines, différentes dans leur étendue et leur gravité, mais qui portent toutes atteinte à l'intégrité physique de celles qui les subissent.
Mais ce sont des enfances que l'on arrache, que l'on meurtrit, que l'on saccage.
À la fin de cette action, nous avons avancé les unes après les autres dans un moment de recueillement pour déposer les roses blessées sur un tapis de pétales rouges. Puis nous avons observé une minute de silence, en mémoire de toutes celles dont l'innocence, la santé et parfois même l'existence ont été sacrifiées.
En France, une réalité trop souvent ignorée
Beaucoup pensent que cela se passe ailleurs. C'est faux.
En France, nous savons peu de choses sur l'excision. Ce n'est même pas un sujet tabou : soit nous demeurons encore trop souvent dans l'ignorance, soit nous préférons détourner le regard, pensant que cette réalité se joue loin de nous.
Les mutilations sexuelles féminines concernent plus de 230 millions de filles et de femmes dans le monde, dont environ 139 000 en France.
Chaque année, 10 000 petites filles françaises sont excisées, souvent à l'occasion de séjours auprès de leur famille, hors du territoire français.
Nous portons aussi la voix des parents protecteurs qui bravent des pressions familiales pour mettre leurs petites filles à l'abri d'une violence perpétuée au nom de traditions. Certains vont même jusqu'à fuir leur pays. Ce phénomène concerne aussi des parents vivant en France qui doivent parfois résister aux injonctions culturelles afin de protéger leurs enfants.
Les associations qui se battent à nos côtés
125 et après, engagée dans la prévention, la sensibilisation et la lutte contre les violences intimes, se tient aux côtés des associations qui combattent les mutilations sexuelles féminines, parmi lesquelles : le GAMS, Réparons l'excision, Excision Parlons-en, La Maison des femmes 93, Mille Parcours, Femmes Solidaires, l'ACPPT (Chance et protection pour toutes), l'AHCAMA (Association Humanitaire Contre l'Ablation de la Femme Africaine), l'ALCEPC (Association de lutte contre excision et la protection de nos culture), l'APFEX (Association pour les femmes excisées), EFAPO, Mouv'Enfants, Femmes Entraide & Autonomie, association Djamma-Djigui, Prettywoo, RIFEN (Rencontre Internationale des Femmes Noires), Women Safe and Children, Union des femmes du monde Gams Sud ou encore Espoirs et Combats de femmes et de chirurgien.nes comme Pierre Foldès ou Sarah Abramowicz qui accomplissent un travail remarquable pour dénoncer ces pratiques millénaires et leurs conséquences sur la santé physique, psychologique et sexuelle des femmes.
125 et après organise des rassemblements dans l'espace public les jours d'éclipse : les « Éclipses aux éclipsées ».

Nous y prenons des photos symboliques afin de mettre en avant les femmes éclipsées des droits universels. Nous choisissons les jours d'éclipse parce que nous voulons agir au-delà d'un agenda qui limite le féminisme aux dates du 8 mars et du 25 novembre.
Le 12 août 2026, à l'occasion de la prochaine éclipse solaire, nous voulons adresser un message clair : aussi longtemps que l'on continuera d'arracher à des millions de filles une part d'elles-mêmes, nous refuserons qu'elles demeurent éclipsées, comme si leur douleur ne nous regardait pas.

